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Contribution collective aux débats du Conseil international (CI) du Forum social mondial qui se déroulera à Berlin du 29 au 31 mai 2007.
Sujet : évaluation du 7e FSM
A l’issue du 7e FSM, lors de la réunion du Conseil international des 25 et 26 janvier 2007, certains membres du Comité organisateur ont refusé d’entendre les critiques et ont lancé des accusations inacceptables à l’encontre de ceux et de celles qui les exprimaient. Il est trop facile de disqualifier celles et ceux qui expriment des critiques qu’ils soient du Sud ou du Nord. Nous, signataires de ce texte, sommes des militants qui agissons au Sud comme au Nord de la planète pour le renforcement du Forum Social Mondial et son enracinement dans le combat pour l’émancipation sociale. Nous sommes convaincus que le FSM doit rester pluriel et éviter de se transformer en un show élitiste sans utilité pour les luttes réelles.
Nous voudrions résumer ci-dessous une série de critiques concernant l’organisation du 7e FSM : 1. Les prix fixés à la participation des résidents au Kenya étaient trop élevés ce qui a constitué une limitation évidente à la participation de la population kenyane. Le prix demandé (500 shillings) équivalait à environ une semaine de salaire minimum. 2. La distance entre le lieu du déroulement du FSM et le centre de la ville (ainsi que les quartiers populaires) constitue un facteur qui a aggravé la situation. 3. Les organisateurs ont loué une infrastructure beaucoup trop grande pour le nombre de participants qu’on pouvait raisonnablement attendre c’est-à-dire environ 20.000 à 30.000 (à cause du prix élevé du droit d’entrée notamment), 30 à 40.000 si l’entrée avait été gratuite pour les résidents. Le coût de l’infrastructure était trop élevé et non adapté aux besoins réels. 4. L’argument selon lequel il fallait demander un droit d’entrée élevé aux résidents afin d’augmenter les recettes était absurde car il ne pouvait pas générer d’importantes rentrées vu la limitation du pouvoir d’achat de la majorité des Kenyans. L’autre argument : éviter des entrées non contrôlées est également inacceptable. Il suffisait d’enregistrer les résidents kenyans qui entraient gratuitement afin de formaliser leur participation. 5. Le fait de fixer un tel prix indique que le comportement des organisateurs était marqué par une conception élitiste et/ou une déconnexion totale vis-à-vis du réel (le niveau de vie réel de la grande majorité des Kenyans). 6. Les organisateurs ont multiplié les contrats avec le secteur privé en fixant un niveau beaucoup trop élevé pour la concession du droit de vendre de la nourriture. Cela a eu deux conséquences : a) les gens du peuple n’ont pas pu vendre de la nourriture dans l’enceinte du FSM ; b) le prix de la nourriture était beaucoup trop élevé pour les Kenyans et les autres participants des pays en développement. 7. Les organisateurs ont passé un accord inacceptable avec Celtel pour les télécommunications. 8. Les organisateurs n’auraient pas dû passer un accord avec une ou des entreprises liées directement au ministre de l’Intérieur. 9. Le FSM aurait pu être organisé dans un stade du centre de la ville et dans un parc. Cela aurait permis : a) de réduire les coûts ; b) de pratiquer la (quasi) gratuité pour la participation des résidents au Kenya ; c) de réduire le coût de la nourriture ; d) d’augmenter la participation de la population locale (et donc le nombre total réel de participants) à tous les niveaux (le nombre de participants et le nombre de vendeurs de nourriture). Cela aurait également augmenté la visibilité de l’activité aux yeux de la population de Nairobi et l’enracinement du FSM dans la réalité kenyane. 10. Le recours à l’aide des bénévoles a manifestement été très faible et défaillant. 11. Il n’y a visiblement pas eu de volonté suffisante d’insérer le plus grand nombre possible de mouvements et d’individus prêts à apporter leur concours à la préparation et au bon déroulement du FSM. Le pouvoir de décision et de gestion a été concentré en un nombre très réduit de personnes et de mouvements. 12. La responsabilité des erreurs ne repose pas sur le seul comité organisateur. La responsabilité des structures internationales qui ont été directement impliquées dans le travail avec le comité organisateur kenyan est aussi engagée. 13. D’autres éléments méritent une analyse critique. Nous les mentionnons pour mémoire : la place démesurée prise par certaines ONG puissantes financièrement ; les messages qui ne respectent pas les droits des femmes et les droits à la diversité sexuelle ; le fait que le maintien de l’ordre a été confié uniquement à la police ; l’absence d’eau potable gratuite (alors que 50.000 litres d’eau gratuite étaient prévus) ; le fiasco de la traduction...
Nous souhaitons mentionner également les points suivants : 1.Depuis le 4e FSM tenu à Mumbai, le CI a essayé d’adopter une démarche favorisant encore plus les convergences ce qui implique notamment de favoriser les fusions d’activités afin d’éviter les monologues d’organisations. Il nous semble que des progrès en ce sens avaient été réalisés lors des 5e et 6e FSM. Par contre, le 7e FSM constitue une régression à ce niveau. Nous n’avons pas été en mesure de favoriser réellement les fusions entre activités. Un certain nombre de mouvements, pas tous, ont organisé leurs activités de leur côté. Une ONG a organisé à elle seule une vingtaine d’activités en solitaire. 2.Le CI d’octobre 2006 avait décidé que le 4e jour favoriserait les convergences. Pourquoi dès lors le comité organisateur kenyan a-t-il décidé, 10 jours avant l’ouverture du FSM, avec l’accord de quelques membres du secrétariat international et du secrétariat du Forum Social Africain, d’organiser 21 assemblées thématiques séparées l’après-midi du 4e jour ? Quelle est la cohérence de ce dispositif avec la volonté de convergence ? Certains d’entre nous sont passés d’une assemblée thématique à l’autre pour se faire une opinion sur la pertinence de celles-ci et le succès qu’elles rencontraient. Selon notre comptage, ces 21 assemblées ont réuni en tout moins de 1.500 personnes. Certaines assemblées ne rassemblaient que quelques dizaines de participants. Nous n’avons jusqu’ici lu aucune autocritique, aucun bilan de la part des personnes qui ont pris cette décision : ce serait cependant élémentaire pour le débat à mener sur la suite des FSM. 3.Retour sur le passé depuis le 6e FSM. Alors que le 6e FSM polycentrique était en cours, certains membres, du secrétariat brésilien notamment, ont convaincu le CI de ne pas se réunir à Karachi fin mars 2006 où il aurait été normal de faire le bilan du processus polycentrique. En tenant comme prévu le CI à Karachi, nous aurions pu être plus nombreux à participer au forum lui-même. Or, seule une petite minorité de membres du CI s’y sont rendus. Sur proposition de certains membres du CI, celui-ci s’est réuni à Nairobi en mars 2006 avant même la tenue du FSM à Karachi. En conséquence, cette réunion du CI n’a pas été en mesure de faire un bilan de l’ensemble du 6e FSM et, surtout, très peu de membres du CI ont pu à la fois se rendre à Nairobi et ensuite aller à Karachi. Cela a à juste titre déçu le comité organisateur du FSM à Karachi. La justification qui avait été donnée était de mieux préparer le 7e FSM à Nairobi. Certains des signataires de ce texte avaient pourtant formulé une proposition alternative qui n’a pas été prise en compte : a) tenir un CI à Karachi fin mars 2006 pour faire le bilan du 6e FSM dans son ensemble et pour garantir la présence d’un maximum de membres du CI à Karachi (le fait de devoir faire 2 voyages intercontinentaux d’affilée a évidemment joué pour dissuader d’aller à Karachi) ; b) réunir un autre CI à Nairobi dans les mois qui suivaient afin de préparer le 7e FSM. Ceux et celles qui ont convaincu le CI de ne pas réunir cette instance à Karachi devraient également présenter le bilan de cette décision car il pourrait s’avérer qu’une occasion a été ratée de mieux soutenir le processus au Pakistan. Le bilan devrait aussi porter sur la question suivante : a-t-on réellement réussi à mieux préparer le 7e FSM à Nairobi en se réunissant là-bas en mars 2006 plutôt que d’attendre quelques mois supplémentaires ? Dans le même sens, on se demande pourquoi s’être réunis en octobre 2006 en Italie au lieu de le faire en Inde ou au Pakistan comme annoncé initialement ? Nous voudrions donc avoir une analyse nuancée et crédible de ce qui s’est passé dans la préparation du 7e FSM.
En conclusion des remarques critiques exprimées plus haut, nous estimons que la situation est grave. Un changement est certainement nécessaire au niveau du secrétariat international. Nous craignons que le CI désigne un groupe restreint chargé d’une mission de secrétariat et composé d’une majorité de personnes portant une responsabilité dans la préparation du 7e FSM (risquant donc de reproduire ce que nous estimons être des erreurs au niveau du processus forum) et qui, lors du CI qui l’a suivi, ont évacué les critiques de manière à éviter de prendre leur part de responsabilité. Comment un tel organe pourrait-il aider le CI à éviter que de telles erreurs se reproduisent ? Nous constatons que lors du CI qui s’est tenu à Nairobi après le 7e FSM, la majorité des intervenants a soigneusement évité d’exprimer des critiques (voir le compte-rendu disponible uniquement en anglais ( !)). Cela nous inquiète. Le CI deviendrait-il incapable de voir la réalité en face ? Deviendrait-il une instance qui considère qu’un bilan est « globalement positif » même quand cela est en contradiction avec la réalité ? Si cela devenait le cas, cet autisme deviendrait préjudiciable au processus du Forum Social mondial lui-même. Nous sommes convaincus que le FSM doit poursuivre son action, améliorer les convergences, contribuer à renforcer la lutte contre le capitalisme néolibéral, le patriarcat et toutes les formes d’oppression. Nous avons activement contribué au déroulement du 7e FSM et nous sommes persuadés que celui-ci avait bien sûr des aspects positifs et constructifs. Nous soutenons la nécessité d’adopter un ensemble de règles afin d’éviter que les graves erreurs du 7e FSM ne se reproduisent à l’avenir.
Premiers signataires par ordre alphabétique :
Yoko AKIMOTO, membre du Secrétariat de ATTAC Japon Camille CHALMERS, secrétaire général PAPDA-Haïti Fathi CHAMKI, porte parole de RAID ATTAC Tunisie Moctar Niantigui COULIBALY, Président ONG AMADIP, membre du comité d’audit de la CAD-Mali Sushovan DHAR, VAK, Mumbai, Inde Jos GEUDENS, CADTM Mombasa, Kenya Isabelle LIKOUKA, trésorière d’APASH/CADTM Congo Brazzaville Wangui MBATIA, People’s Parliament (Parlement du Peuple) et le réseau kényan des organisations de base (KENGO), Kenya. Luc MUKENDI, PRESIDENT DE AMSEL/CADTM LUBUMBASHI République Démocratique du Congo Ajit MURICKEN, directeur de VAK, Mumbai, Inde Rock NIANGA, secrétaire général d’APASH/CADTM Congo Brazzaville Junko OKURA, Jubilee Kyushu, Japon Salissou OUBANDOMA, membre de la direction du RNDD-Niger Mimoun RAHMANI, Secrétaire Général Adjoint d’ATTAC Maroc Binta SARR, présidente CADTM Sénégal Farooq TARIQ, secrétaire du Pakistan Kissan Rabita Committee (le Comité de coordination des paysans du Pakistan) et membre du comité d’organisation du Forum Social du Pakistan, Pakistan Eric TOUSSAINT, président du CADTM Belgique Ibrahim YACOUBA, Coordonnateur du RNDD, Niger
Nouveaux signataires :
Bushra KHALIQ, secrétaire générale de l’organisation d’aide des Femmes ouvrières (Women Workers Help Line), Pakistan Khalid MEHMOOD, directeur de la Fondation d’Education ouvrière (Labour Education Foundation), Pakistan Moeen Nawaz PUNNO, président du Fédération syndicale nationale du Punjab (National Trade Union Federation Punjab), Pakistan Nasir IQBAL, organisateur du Forum social de Lahore (Lahore Social Forum), Pakistan Nasir AZIZ, Secrétaire de formation du Fédération syndicale nationale du Pakistan ( education secretary National Trade Union Federation Pakistan), Pakistan. Issa ABOUBACAR, membre de la direction du RNDD-Niger Nana Fassouma DAWEYE Chargée de Organisation au RNDD-Niger Carmel MBAYA, AMSEL/CADTM LUBUMBASHI RD CONGO Hamza HAROU, Trésorier du RNDD-Niger Iman FALAH, ATTAC Maroc
source. URL: http://www.cadtm.org
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