Outils de navigation
Aide
|
|
|
La jeunesse camerounaise est embarquée dans un semblant d'espace constitutionnel qui tue en lui même la démocratie, il faut se battre pour imposer la voix des sans voix.
SI JEUNESSE POUVAIT ET SI VIEILLESSE SAVAIT
La quarante et unième fête de la jeunesse a eu lieu ce 11 février 2007, sous la roublardise ambiante du pouvoir en place, avec en prime la sacralisation de l’opprobre par le discours tout éculé du 10 février de Paul Biya. La rodomontade nous a été offerte. Le Cameroun demeure paralysé par l’obscurantisme et la gabegie érigés en système de valeur. Cette jeunesse hagarde dont le pouvoir prétend se faire le défenseur est abandonnée à elle-même sans voix et sans âme.
Du Vieux Vin Dans des Outres Neuves
L’instrumentalisation de la jeunesse est le propre des régimes dictatoriaux, tous les grands faucons de la politique ont toujours utilisé à tort ou à raison la jeunesse dans le combat politique. Staline a cru en la jeunesse, Hitler aussi. Leurs objectifs étaient de prendre le pouvoir mais à des fins différentes. Paul Biya dans son dernier discours nous a montré une société à deux bords celle des jeunes, et celle des aînés. Ceci nous ramène quelques années en arrière quand des débats philosophiques ont voulu poser les socles de notre société. Deux courants se sont affrontés celui des progressistes mené par Sindjoum Pokam et Eboussi Boulaga à celui des conservateurs mené par Njoh Mouelle et Mono Ndjana. Sous différentes formes ils restaient encore obsédés par l’opposition entre les principes de l’Ancien Régime incarné par Ahidjo, c’est-à-dire l’ordre, l’autorité, la hiérarchie, la famille, et les principes du Renouveau incarnés par Paul Biya : le jugement individuel, l’égalité des hommes. Pourtant, dès le siècle dernier, quelques philosophes ont considéré que cette opposition n’était pas le phénomène décisif. Il nous faut aujourd’hui placer la jeunesse au centre du noyau social en se demandant si en particulier le mouvement vers l’égalité des hommes, la suppression des distinctions de statut personnel, la libération de la jeunesse et des moeurs va nous conduire vers une meilleure qualité de vie social ?Le but de la démocratie c’est d’aller inévitablement vers l’égalité .Le concept de liberté politique n’a pas apporté à notre jeunesse le sentiment d’une intégration réussie, elle est partagée entre l’égalitarisme, le libéralisme et la tyrannie. L’égalité comme Paul Biya semblait prôner dans son discours n’est pas compatible avec les libertés politiques telles que vécues au quotidien : l’interdiction du droit de grève dans nos universités et établissements secondaires, la militarisation des campus, l’excommunication des leaders estudiantins, comme au bon vieux temps de Staline. Le mouvement vers l’égalité étant un fait, nos sociétés conservent-elles la liberté politique comme un anachronisme, ou bien y a-t-il possibilité de combiner une société égalitaire et une société libérale ? La première des leçons de Paul Biya à la jeunesse serait consacrée à l’analyse de ce qu’on appelle dans le langage moderne : la démocratie ! Plus simplement, la notion sociologique de l’organisation de la concurrence pacifique en vue de l’exercice du pouvoir.
JEUNISME ET CHEMIN DE DAMAS La concurrence peut avoir deux formes : la forme du tirage au sort et la forme de l’élection. Par conséquent, l’élection est l’organisation la plus simple de la concurrence en vue de l’exercice du pouvoir. Comme il n’y a pas de personnes désignées par la naissance pour exercer le pouvoir et comme on ne veut pas que le pouvoir soit attribué à la suite d’une guerre civile, la forme normale, c’est de faire élire ceux qui exerceront le pouvoir par les citoyens.
Naturellement, l’élection ne peut pas être appliquée à toutes les fonctions ni à toutes les démocraties modernes. Toutes les démocraties que nous connaissons comportent une combinaison d’élection et de désignation, l’élection étant cependant considérée comme l’essentiel.
Mais notre jeunesse peut-elle se targuer de connaître ses devoirs et ses droits civiques ? La jeunesse qui est l’élite de demain n’est pas soumise à l’apprentissage de la démocratie pour la société juste qu’elle devra bâtir . Combien d’élections sont organisées dans nos établissements secondaires et universitaires ? Combien de fédérations d’élèves et d’étudiants démocratiquement élues existent
dans notre pays ? Combien de syndicats d’élèves et étudiants libres ont pignon sur rue dans notre pays ?
La notion d’élection est un attribut des idées de liberté politique et de liberté personnelle. On parle de concurrence pacifique, et pourtant ceux des jeunes qui prennent un risque excessif sont exposés à la prison ou à l’excommunication. Autrement dit, pour que la démocratie soit conforme aux principes mêmes d’une concurrence pacifique, il faut un minimum de libertés politiques. Si ces libertés politiques ne sont plus données, il n’y a plus réellement concurrence, ou la concurrence est faussée .
LA MEDIOCRATIE DOMINANTE
On peut dire -et je crois que c’est vrai -que la logique de la concurrence, c’est l’égalité entre tous les membres de la société. Au vu de ce qui se dessine dans les concours administratifs combien de jeunes peuvent-ils avoir le sentiment d’avoir concouru loyalement ? Pourtant, si l’on regarde historiquement les démocraties africaines, on constate que ce qui est le plus rare, c’est que cette égalité ait été accordée. Rien n’est plus fréquent, dans l’histoire, que de voir des minorités, à l’intérieur d’une société, accepter pour elles-mêmes ces règles de la concurrence, mais les refuser pour les autres. Je songe aux cités grecques, où ceux qui étaient admis à la concurrence étaient les citoyens, qui constituaient une minorité par rapport aux métèques et aux esclaves. Encore aujourd’hui, en notre siècle, il ne manque pas d’exemples de sociétés organisées démocratiquement, mais sans égalité politique. L’exemple le plus frappant est celui de l’Afrique du Sud, où une minorité de Blancs, d’ascendance soit hollandaise soit britannique, ont introduit ou maintenu des règles de concurrence comparables à celles qui existent en Grande-Bretagne, mais qui n’en accordent pas le bénéfice à des millions de Noirs. Lorsque, en France, on a introduit pour la première fois les méthodes de la concurrence électorale, la plupart des révolutionnaires considéraient comme allant de soi la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs, c’est-à-dire entre ceux qui seraient admis à la concurrence, soit à titre de candidats, soit à titre d’électeurs, et ceux qui ne le seraient pas. A cette époque, on considérait que la ligne de démarcation entre les uns et les autres était la possession d’une certaine fortune. Il en est de même au Cameroun puisque nos dirigeants se sont biens inspirés des colons qui les ont placés. Par conséquent, on peut limiter le bénéfice même de la concurrence à une fraction de la société. Seulement, en fait, il y a des difficultés croissantes à le faire parce que la logique de ce système, c’est que tout le monde soit admis à concourir. Ou encore, si l’on préfère, cette institution de la concurrence électorale a été introduite au nom de certaines idées au nombre desquelles figure l’idée de l’égalité humaine ou l’idée que les hommes peuvent choisir eux-mêmes leur gouvernement. Il est de même en ce qui concerne la concurrence économique promptement assujettie à la concurrence politique, dommage !
DE l’ILLUSION A LA PRESTIDIGITATION ?
L’organisation de la concurrence, c’est ce que l’on appelle une Constitution. Établir une Constitution consiste à fixer les règles selon lesquelles les citoyens élisent des élus et selon lesquelles, ensuite, les élus désignent ou élisent à leur tour ceux qui exerceront les fonctions de commandement. Et peut-être la valeur essentielle de n’importe quelle Constitution est-elle d’être acceptée comme évidente par ceux qui la connaissent ou la subissent. En tant que testamentaire de l’héritage à léguer à la jeunesse, Paul Biya peut-il dire combien de fois notre constitution a été respectée par lui-même ? A fortiori combien ont-ils été frappés pour n’avoir pas respecté la constitution ?
En d’autres termes, c’est un résultat à la fois paradoxal et banal , le mérite essentiel d’une Constitution, c’est d’exister depuis longtemps. En effet, quand elle existe depuis longtemps, on s’est habitué à elle et on finit par trouver évidentes des règles tout aussi arbitraires que n’importe quelles autres règles. Et cela, par opposition, nous indique pourquoi toutes les Constitutions camerounaises ont été en général mauvaises : elles n’ont jamais eu le temps pour elles. Le plus grave défaut de tous les constitutionnalistes camerounais est d’avoir cru qu’il y avait une différence de nature entre un système et un autre système alors que, malgré tout, un mérite essentiel est que la Constitution soit acceptée et qu’il n’y a aucune raison pour qu’une Constitution soit instantanément acceptée comme rationnelle. C’est une des nombreuses institutions sociales qui ne peut pas être rationnelle : elle ne
peut être qu’adaptée à des circonstances de fait ou à des considérations d’opportunité.
Aimé Mathurin Moussy
Paris
|
|
|
|
|
Publication libre et ouverte!
| |