Outils de navigation
Aide
|
|
|
Suite de la mise en place du référendum pour la transformation radicale de l'université à Rennes 2. Texte sur les statuts et les programmes : Pour une université du peuple. En pièce jointe, les textes précédents.
download: Rtf at 6.9 kibibytes
Pour une Université du peuple.
Plaidoyer pour la réforme du statut de l'étudiant et des programmes d'enseignement à l'université (2ème et 3ème propositions) soumise au référendum en mars 2007.
1. L'élément populaire à l'université Où réside aujourd'hui l'élément populaire à l'université, sur lequel nous pouvons prendre appui pour envisager et amorcer le passage de l'université libérale-productive à l'université démocratique et populaire ? D'abord dans la persistance des "mouvements étudiants", mouvements qui ont trouvé avec les évènements de février-avril 2006 à renouer avec la lutte politique, c'est à dire avec les actes, après une longue période de paralysie. Lors du printemps dernier s'est enfin trouvée posée la question des moyens pour faire reculer effectivement le gouvernement libéral : ils se sont imposés d'eux-mêmes, entraînant la progressive mise en pièces du carcan légaliste : blocage des universités, des flux de capitaux et des institutions responsables des politiques libérales, confrontation assumée en maints endroits avec les forces de l'ordre chargées de protéger ces flux et ces institutions. L'élément populaire s'affirme manifestement ici, dans ce bref et tout relatif gouvernement de la rue, opposé à un gouvernement oligarchique chargé de maintenir une guerre latente : par la mise en concurrence de tous sur le marché du travail. Est populaire ce qui est intrinsèquement liée à la puissance politique, à la capacité d'irruption de ceux qui n'ont pas titre à gouverner sur la scène de ceux qui sont soit-disants légitimes à occuper les places de gouvernants.
Cet élément populaire existe également en rapport avec ce qu'indique le terme impropre de "démocratisation" de l'université : le fait que l'université soit devenue accessible à un nombre toujours plus grand d'étudiants issus des classes pauvres a réduit, sans toutefois le dissoudre, le rôle majeur joué par l'université dans la ségrégation sociale. La seule condition d'être titulaire d'un bac, le caractère relativement modique des frais d'inscription, le cadrage national des diplômes, la possibilité de garder des bourses en cas de redoublement ont indéniablement favorisé une certaine égalité dans « la condition étudiante ». Cet élément populaire de l'université fait, depuis 1986, l'objet d'attaques répétées (loi Devaquet, LMD, hausse des frais d'inscription…) qui visent à entamer la limitation relative, mais réelle, des effets de la concurrence en vigueur sur le marché du travail. Aujourd'hui, le vocabulaire de l'entreprise a durablement pris racine à l'université, au point que l'on n'hésite plus à parler, avec les crédits ECTS, de « compétences capitalisables ». L'université ne doit plus en aucune façon participer de la reproduction des inégalités sociales, en assurant l'accès aux grandes écoles pour certains et l'échec en première année pour beaucoup d'autres, notamment les plus pauvres qui doivent se salarier. L'élément populaire survit lorsque l'on parvient à faire usage de cette force de limitation de la concurrence et à élever régulièrement son degré d'antagonisme politique. On peut parler de « politique populaire » seulement dans la mesure où c'est l'organisation capitaliste du travail et le type d'existence auquel elle condamne qui, de manière conflictuelle, commencent à être affaiblis par l'action d'une partie grandissante de la population.
2. L'ouverture de l'université L'université actuelle ne peut devenir véritablement une université du peuple, et non une université dont l'élément populaire fait constamment l'objet d'attaques de la part du gouvernement libéral, qu'en approfondissant ce qui ne permet aujourd'hui que de résister. Un tel processus implique en premier lieu le transfert démocratique de souveraineté du conseil d'administration de l'université à l'assemblée populaire de Rennes 2, ouverte à tous ceux, étudiants, personnels, simples citoyens qui sont désireux de prendre part à la mise en place de la réforme. L'irruption démocratique est en son principe illimitée. Il est indispensable que l'assemblée populaire soit ouverte à quiconque pour ne pas la reclore sur la "communauté universitaire". Mais il implique également de ne plus conditionner l'accès à l'université : que tous puissent s'y inscrire, parce que tous sont également capables de comprendre, et que favoriser la compréhension de tous ceux qui prennent part au processus est la visée d'une communauté politique réelle. Les seuls que l'université doit exclure sont ceux qui cherchent justement à détruire ces efforts vers sa mutation démocratique ; elle doit au contraire accueillir ceux qui partagent le présupposé de l'égalité de n'importe qui avec n'importe qui, et de ce fait, sont disposés à partager l'expérience commune de l'étude, à en partager les exigences et progrès sous une forme démonétarisée.
3. L'étude Parmi les choses qui rendent désirable l'étude à l'université, on trouve une certaine distance à l'égard de l'injonction étouffante à l'activité. L'étude a profondément à voir avec le travail, avec une forme substantielle d'activité et pourtant entretient le lieu d'une confusion, d'un conflit : celui qui existe entre le désir d'étudier les problèmes que pose une vie et la conception qui veut qu'il n'y ait d'étude utile qu'en tant qu'elle serait une transition vers le monde professionnel. Démêler une telle confusion c'est donc comprendre pourquoi l'étude entendue soit comme « recherche pure » soit comme pré-professionalisation pragmatique conduit à une impasse. Plus que deux conceptions opposées, ces deux prises de position se refusent à penser la distance à franchir entre une élaboration de savoir et son expérimentation dans la communauté. Elles sanctionnent une situation désaccordée, une vie mutilée en ce sens qu'elle doit choisir de façon univoque soit la pratique soit la théorie, soit l'immersion dans la production, soit la pensée non incorporée. D'un côté, les réformes de l'université qui tendent à l'accélération de l'insertion professionnelle impliquent cette disposition où l'étudiant est invité à disjoindre ses soucis existentiels de son travail universitaire, des vérités qui lui sont propres de celles qui pourraient être exigées de lui dans le monde du travail en termes aussi bien de rentabilité que de services à un public. De l'autre côté et paradoxalement, la seconde fausse résolution du hiatus entre la vie et l'étude se retrouve dans l'attitude de ceux qui nient cet écart au nom de l'importance d'une recherche « pure », « objective », dès lors coupée de toutes formes d'existence, en omettant que c'est pourtant à même la vie que tout savoir se transmet. Ce dispositif qui exige de produire d'un côté le « savoir utile » et de l'autre le « savoir pur » fait fond sur l'idée malheureuse qu'il existe quelque chose comme des contenus de savoir, qui peuvent ainsi se déverser d'une tête à l'autre. Démêler ce nœud participera dès lors d'une meilleure entente de la question de la valeur d'une étude. A cette question de la valeur, les deux positions précédemment énoncées répondent finalement de manière analogue : par l'évaluation des compétences et acquis capitalisables à laquelle tend à se résumer aujourd'hui la forme « examens ».
4. Examens Cette forme « examen », telle qu'elle est aujourd'hui imposée à l'université concentre ainsi principalement trois défauts liés les uns aux autres. Premièrement, elle renvoie par la sanction toute étude au « bachotage » et ne peut qu'entraîner la passivité des étudiants. Deuxièmement, la « loi LMD-ECTS » a radicalisé l'idée selon laquelle les diplômes équivalent à la propriété d'un capital-compétences favorisant une conception abstraite et monétaire du savoir. Troisièmement, la forme examen reconduit un principe de sélection légitimant la distribution qui sépare ceux qui auront part à la conduite des affaires publiques et ceux qui doivent se contenter de fournir leur assentiment. Ceci d'abord à travers la division de ceux qui n'ont pas accès aux études supérieures d'avec ceux qui le peuvent, et parmi ces derniers, entre ceux qui « réussissent » des études « sérieuses », professionnalisantes et ceux qui, se cherchant, explorent les possibilités d'existence ouvertes par l'immensité des régions du savoir. A partir de la forme « examen » qui est ce par quoi l'évaluation des savoirs prime sur leur transmission, l'université contemporaine s'apparente à un marché du savoir, auxiliaire du marché du travail. C'est pourquoi, à terme, nous devons chercher à faire perdre aux examens leur dimension évaluative et faire de cette forme un pur exercice, un nécessaire entraînement, une manière d'expérimenter le passage de l'étude à la vie.
5. Savoir et subsistance Tout savoir est intrinsèquement lié à la subsistance de ceux qui l'élaborent : les savoirs-pouvoirs qui en tout temps ont permis au peuple de subsister malgré les privations, la pauvreté et l'oppression, ont été marqués par ces conditions, mais ils se sont constitués en dissidence avec les savoirs ayant participé de la subsistance politique du capitalisme. Et c'est alors à de tels savoirs que doit s'ouvrir l'université, savoirs populaires que seule est susceptible de porter une figure estudiantine dégagée de ses oripeaux institutionnels et vectrice d'une puissance démocratique et insurrectionnelle. Savoirs populaires capables de vérifier le lien étroit entre étude et travail de telle manière que l'étude ne soit pas sacrifiée aux injonctions du marché du travail mais porte bien plutôt en elle cet écart d'avec l'ordre des choses qui en autorise la remise en cause. Ce rapport dissensuel aux savoirs dominants, voilà ce qui nous permet d'habiter, d'expliciter une décision d'existence : celle de rompre avec l'ordre capitaliste libéral, celle de favoriser autant que possible en nous et hors de nous la passion du partage sur celle de la propriété. Les savoirs qu'il nous faut élaborer doivent nous rendre capables de vivre, de travailler et de lutter pour faire de l'université du peuple une communauté politique en mesure de mettre un terme aux politiques libérales et à leur gouvernement : élaboration intimement liée aux exigences de la situation.
2ÈME & 3ÈME PROPOSITIONS MISES À JOUR
Statuts Est étudiant quiconque s'inscrit à l'ensemble des cours d'une année : il n'est pas nécessaire d'avoir le bac. Gratuité de l'inscription pour les revenus inférieurs au SMIC. Pour les autres, calculs des frais d'inscriptions selon les revenus du foyer fiscal. A terme, prendre part aux cours et aux examens doit permettre la validation du diplôme.
Programmes L'assemblée populaire de l'université de Rennes II sera en charge également de l'élaboration des programmes et des modalités d'examens à travers la coopération d'assemblée de filières étudiants- personnels.
Rennes, le 11 février 2007 Troisième comité d'organisation du référendum
Discussion sur ce texte : Assemblée générale, mercredi 14 février 12h30, Hall B
|
|
|
|
|
Publication libre et ouverte!
| |