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Que veut vraiment la coupole de "Sauvons la Recherche" ?
par
Indépendance des Chercheurs
Thursday, Mar. 03, 2005 at 5:37 PM
indep_chercheurs@yahoo.fr
Depuis un an, la contradiction est évidente entre ce que déclarent les fondateurs-dirigeants de "Sauvons la Recherche" devant les médias à grande diffusion, voire même ce que signent leurs représentants avec le CIP (Comité d'Initiative et de Proposition), et ce pourquoi les personnels de la recherche se mobilisent. Malgré les revendications communes sur le budget de la recherche, la différence d'approches est flagrante en ce qui concerne l'avenir et le statut des personnels. Rien de très étonnant : depuis deux décennies, les hiérarchies scientifiques réclament sans cesse davantage de pouvoir et des revenus plus élevés, au détriment de "ceux d'en bas".
www.geocities.com/indep_chercheurs
Depuis un an, la contradiction est évidente entre ce que déclarent les fondateurs-dirigeants de "Sauvons la Recherche" devant les médias à grande diffusion, voire même ce que signent leurs représentants avec le CIP (Comité d'Initiative et de Proposition), et ce pourquoi les personnels de la recherche se mobilisent. Malgré les revendications communes sur le budget de la recherche, la différence d'approches est flagrante en ce qui concerne l'avenir et le statut des personnels. Rien de très étonnant : depuis deux décennies, les hiérarchies scientifiques réclament sans cesse davantage de pouvoir et des revenus plus élevés, au détriment de "ceux d'en bas".
Si la grande majorité des personnels de la recherche défend l'actuel statut de fonctionnaire titulaire et s'oppose à la précarisation des jeunes chercheurs, le "sommet" de "Sauvons la Recherche" met en cause ce statut et réclame plus de précarité. Voir nos précédents communiqués.
Mais jusqu'à présent, sauf méprise de notre part, on n'avait pas vu des "animateurs" à haut niveau de "Sauvons la Recherche" attribuer ouvertement à "leur base" des revendications directement contraires à l'actuel statut de fonctionnaire titulaire et favorables à davantage de précarité. Enorme, inimaginable ? Mais non !
La revue américaine Science, la plus prestigieuse des USA, ne brade pas ses éditoriaux, ni ne les confie tous les jours à des "personnalités extérieures". Mais cette fois-ci, apparemment, elle a jugé que l'enjeu en valait la chandelle. Dans son numéro 307 du 25 février 2005, elle publie un éditorial de l'un des fondateurs et animateurs de "Sauvons la Recherche" à Marseille et qui apparemment entend s'exprimer au nom de ce mouvement dont il expose les revendications dans une version pour le moins très sui generis.
Incroyable mais vrai : c'est au nom de la mobilisation de "Sauvons la Recherche" que ce Monsieur attaque le statut de fonctionnaires des personnels de la recherche et défend la précarité, notamment pour les jeunes chercheurs.
L'auteur de l'éditorial, signé :
"Jean-Michel Claverie
Jean-Michel Claverie is professor at the Université de la Méditerranée School of Medicine and head of the Structural and Genomics Information Laboratory CNRS, Marseilles, France. E-mail : Jean-Michel.Claverie@igs.cnrs-mrs.fr " (fin de citation)
écrit notamment :
"There is also frustration that a year-long movement did not result in bolder proposals to reform the French academic research system and put it more in line with the organization prevailing in other leading scientific countries, including our closest European partners. In particular, the civil servant status uniquely enjoyed by French researchers from the very beginning of their careers remains unchallenged, even if it limits the number of research positions offered to postdocs and Ph.D. students and corresponds to salaries 30% lower than those offered in Germany or Switzerland. Also unchallenged is the absence of a stringent selection process for entering French universities (all of them government-funded), creating a population of rather unmotivated students. Professors are overwhelmed by teaching loads and mentoring responsibilities incompatible with serious research. Thus, despite an increase in government support, the French public research system might not retain international competitiveness without addressing these politically touchy issues. Offering more attractive (better salary, less teaching) and more numerous (but perhaps less secure) entry-level jobs will be key to retaining our most promising young scientists as well as attracting foreign-based talent.
Fortunately, things are not yet settled. The Save Research movement is gaining momentum again..."
Traduction :
"Il y a également frustration du fait qu'un mouvement qui dure depuis un an n'ait pas suscité des propositions [du Gouvernement] plus conséquentes de réformer le système de recherche académique français et le rapprocher du mode de fonctionnement qui prévaut dans d'autres puissances scientifiques, y compris chez nos partenaires européens les plus proches. En particulier, le statut de fonctionnaire dont seuls les chercheurs français bénéficient depuis le début de leur carrière n'est toujours pas mis en cause, et pourtant il limite le nombre des postes post-doctoraux et de doctorant et comporte des salaires 30% plus bas qu'en Allemagne et en Suisse. Reste également sans être mise en cause l'absence d'un processus de sélection conséquent pour l'accès aux universités (financées toutes par l'Etat), lacune qui génère une population d'étudiants peu motivés. Les professeurs sont submergés de tâches d'enseignement et de responsabilités de conseil incompatibles avec une activité de recherche sérieuse. C'est ainsi que, malgré un renforcement de l'aide de l'Etat, la recherche publique française risque de ne pas pouvoir préserver sa compétitivité internationale sans aborder ces questions politiquement sensibles. La clé pour retenir nos jeunes scientifiques les plus prometteurs et attirer des talents de l'étranger réside dans la création de davantage de postes pour des jeunes, avec de meilleurs salaires et moins de tâches d'enseignement, même s'ils offrent moins de sécurité d'emploi.
Heureusement, ce n'est pas fini. Le mouvement "Sauvons la Recherche" reprend de l'ampleur..." (fin de la traduction)
On ne voit pas très bien pourquoi des emplois précaires "mieux rémunérés" coûteraient moins cher que des postes de chercheur titulaire. Quant à la comparaison avec deux pays européens où les salaires dans tous les métiers sont plus élevés qu'en France, elle est pour le moins démagogique. Et opposer les "jeunes chercheurs" aux "fonctionnaires", c'est tenter de diviser pour régner. Mais le pire est que Monsieur Claverie attribue ces revendications contraires à l'actuel statut des chercheurs au mouvement des chercheurs lui-même ! Le mouvement "Sauvons la Recherche" serait déçu parce que le gouvernement n'a pas davantage mis en cause notre statut de fonctionnaires titulaires, et d'après M. Claverie va se mobiliser à nouveau à cette fin. Dans ce cas, qui est, qui incarne, qui représente le mouvement "Sauvons la Recherche" ? Car les chercheurs qu'on a vu manifester depuis un an étaient, et restent, très majoritairement favorables à l'actuel statut de fonctionnaire titulaire.
Indépendance des Chercheurs indep_chercheurs@yahoo.fr http://www.geocities.com/indep_chercheurs http://fr.groups.yahoo.com/group/indep_chercheurs
P.S. - Précision sur la traduction
La phrase : "There is also frustration that a year-long movement did not result in bolder proposals..." se traduit par : "l y a également frustration du fait qu'un mouvement qui dure depuis un an n'ait pas abouti à des propositions plus conséquentes...". Mais elle fait partie d'une série de critiques adressées aux mesures récentes prises par le gouvernement, notamment au dernier budget de la recherche.
C'est vrai que certains mandarins peuvent regretter de ne pas avoir "obtenu", au sein des Etats Généraux de la Recherche, des attaques plus franches contre l'actuel statut des personnels. Mais il fallait s'y attendre, du fait de l'inévitable résistance que la base allait opposer à une telle politique.
D'autre part, les appels du pied du sommet de "Sauvons la Recherche" et du CIP à un passage en force de la part du gouvernent ont été permanents depuis un an, avec des mises en cause très claires du statut de fonctionnaire titulaire dit "à vie".
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