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Autosuffisance et autonomie Zapotèque
par
Conseil citoyen Union Hidalgo
Monday, Sep. 27, 2004 at 6:29 PM
gubia21@yahoo.com.mx Ignacio Allende Sur no 12 Union Hidalgo, Oaxaca
Le travail des femmes indigènes Zapotèques de Juchitan pour obtenir l'autosuffisance alimentaire pour ses familles basée sur la production, transformation et commercialisation du mais au niveau communautaire et régional.
Sud de l'isthme de Tehuantepec, Oaxaca, Mexique.
Femmes à la barre ! LES TOTOPERAS ZAPOTEQUES DE JUCHITAN
Expérience réussie d’autogestion autour du cycle du maïs : les Totoperas zapotèques (isthme de Tehuantepec, Oaxaca) assurent l’autosuffisance alimentaire de leurs villages et, ainsi, la reproduction culturelle, sociale et économique des communautés. Avec elles, le troc reste un élément fondamental du marché régional.
Au sud de l’isthme de Tehuantepec, dans l’état de Oaxaca, à 20 km du port et de la raffinerie de Salina Cruz, vivent des communautés indigènes qui reproduisent depuis des siècles un mode de vie paysan et communal, dans lequel le maïs est un élément fondamental. Les communautés zapotèques de l’isthme (souvent analphabètes et dont la plupart des femmes ne parlent pas l’espagnol) ont développé une économie rurale visant l’autosuffisance alimentaire. L’agriculture, la pêche, le pâturage et la production agricole sont leurs principales activités. Les hommes sortent au matin dans leurs charrettes tirées par des bœufs et se dirigent vers les champs pour semer et récolter le maïs. Les pêcheurs, eux, sortent le soir et reviennent à l’aube. Si les hommes s’occupent de la phase agricole du cycle du maïs, les femmes, en plus des tâches ménagères, s’occupent des phases de transformation et de commercialisation. Elles transforment le maïs en une grande variété d’aliments : guetabigui’ (galette sèche), guetahuana (galette de maïs tendre et chaude), guetabizà (beignet de haricots), gueta’ (beignet de viande), guetagu gucha’chi’ (beignet d’iguane), guetaze’ (jeune maïs grillé), etc. Elles commercialisent aussi bien les produits bruts que transformés par elles. Le rôle de la femme dans la vie zapotèque est primordial. Le cas des totoperas (fabricantes de galettes de maïs) en est le plus illustratif. Dans ces communautés, la majorité des femmes sont totoperas. Elles pratiquent cette activité artisanale pour la consommation familiale et communautaire depuis les temps préhispaniques, et actuellement cette activité représente une un apport déterminant pour l’autosubsistance des communautés. Leurs galettes de maïs sont cuites au feu de bois dans une grosse marmite d’argile encastrée sur une plate-forme de terre, où les tortillas sont placées, jusqu’à ce qu’elles prennent une couleur dorée. Pour éviter de se brûler en retournant ces galettes, elles se mouillent les mains avec soin. Le style de la galette, sa forme, sa couleur, son épaisseur, sa dimension, sa saveur, varient d’une communauté à l’autre et même d’une femme à l’autre. Les galettes des femmes de Chicapa de Castro sont fameuses pour leur grande dimension ; celles des femmes de Ranchu Gubiña, sont plus petites mais très épaisses. Les plus recherchées sont celles de l’Ejido Zapata, puis celles de la Colonia Alvaro Obregón ; là-bas, chaque femme produit jusqu’à 150 galettes par jour, blanches, grandes, fines et craquantes et les revendeuses viennent les leur acheter jusque dans leur cuisine. La qualité de la galette est fondamentale. Les femmes préfèrent par dessus tout le maïs autochtone, le leur, celui que leurs hommes ont semé et qu’elles différencient facilement des autres. Xuba huini est le nom en zapotèque du petit maïs, blanc et de cuisson rapide, celui qui donne à la galette une consistance douce et résistante pendant des mois. C’est pourquoi le maïs de cette région a une valeur bien supérieure au grand maïs des autres zones. Il est exceptionnel que les femmes achètent le maïs à l’extérieur. Seulement quand les récoltes sont perdues, comme lors des inondations de 1998. Sur le marché, les femmes échangent leurs produits contre du fromage, du poisson, de la viande, des légumes, des fruits et parfois contre de l’argent mais ceci en dernier recours. Le marché régional de Juchitán est le plus populaire. En plus des galettes de maïs, les femmes mixes vendent aussi du café et les femmes huaves des crevettes. Depuis 1999, le Comité Promoteur d’Investigation pour le Développement Rural (COPIDER), une ONG mexicaine, et les membres de l’association Guixhi Ro’, soutiennent l’organisation des totoperas. Elles se sont organisées en 2 groupes de 30 femmes, les unes se sont appelées Xguuna Guixhi Ro (Femmes de Monte Grande), les autres Gardenias. En accord avec leur forme de production, les femmes ont reçu un financement de 2000 pesos chacune pour acheter les outils qu’elles ne fabriquent pas : une charrette à bois, du charbon ; certaines ont investi et construit un second four à maïs, pour augmenter la production. Chaque groupe a nommé sa direction, ainsi qu’une vendeuse de galettes de maïs à Juchitán. Le remboursement du financement devait se faire en 15 versements. Elles pouvaient, à la fin du cycle du maïs, solliciter un nouveau financement. Parallèlement, elles ont créé une caisse d’épargne commune, économisant chacune 20 pesos chaque quinzaine. Elles ont travaillé ainsi durant six ans avec les financements du CODIPER, temps pendant lequel elles ont aussi participé à divers ateliers de formation : planification communautaire, culture biologique, contrôle organique des fléaux agricoles, culture de légumes, constitution d’un groupe d’épargne. Aujourd’hui, elles sont à leur compte : elles ont créé leurs propres fonds de roulement, produit de leur épargne, et elles l’administrent de manière autogérée. Cette organisation des femmes zapotèques a pu leur éviter non seulement d’opter pour les prêteurs professionnels, qui prennent de 10 à 25% d’intérêt mensuel, mais surtout de continuer à être la colonne vertébrale culturelle, sociale et économique des communautés. Avec cette expérience, un espace de production et de commercialisation s’est consolidé autour du cycle de l’ancestral produit de base : le maïs. Loin des politiques gouvernementales qui favorisent le maïs transgénique produit par l’industrie ; loin des supermarchés et autres commerçants intermédiaires ; et par conséquent loin des réseaux parasites qui détournent la richesse produite vers les banques transnationales. Une ombre au tableau, malgré cette expérience réussie : profitant de l’appauvrissement des campagnes, de la capacité limitée d’ONG comme le CODIPER, et de la complicité gouvernementale, on constate l’apparition d’entreprises para-financières privées qui tentent d’accaparer les nouveaux groupes de femmes. Loin de les accompagner dans un processus d’autogestion et d’émancipation, ces sociétés para-financières pratiquent un système usurier qui, finalement, les rend dépendantes et compromet leurs efforts.
Sofía Olhovich
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